Baker

Cas clinique

Dimanche 31 octobre 2010 à 18:51

http://baker.cowblog.fr/images/StPierrelanuit.jpg
          Cinq soirs à passer devant St-Pierre pour remplir un cœur, fallait bien un hommage. Parce qu'avant d'y repasser pour le même motif, y a trois semaines à tuer. Alors je ferai des détours pour aller écouter S. se faire avoir par les mecs, voir K. cinq minutes avant qu'il aille retrouver M., boire avec P. si il veut sortir, vomir avec L. et essuyer les larmes de J. si ils descendent, écouter C. au trombone et donner la réplique à A.. Et l'attendre, elle.

Jeudi 28 octobre 2010 à 11:02

          Il paraît que c'est les vacances, ouais. Rien à foutre de la journée, perdre son temps à perdre son temps. J'ai pensé à un koala tout sale, trouvé dans la rue. Il puait à cent mètres et il lui manquait des poils. La bête m'a sauté dessus et s'est accrochée à mon bras droit. J'étais pas déçu de l'avoir au fond, parce qu'instantanément il est devenu aussi impeccable que le casier judiciaire d'une nonne. Je l'ai dépecé à la maison pour en faire des gants, parce que l'hiver est déjà là.

Lundi 25 octobre 2010 à 0:11

          Chaque année à Montpellier à lieu le festival du ciméma méditerranéen ingénieusement intitulé Cinémed. Et ce soir, la 32° édition proposait six court-métrages, à savoir "L'homme qui dort", "41", "La musique dans le sang", "Garagouz", "Quand tu cours", "Pour le meilleur..." et "E-pigs". Il fallait mettre une note sur dix à chacun, après visionnage. Qui dit note dit critique. A table.

          "L'homme qui dort" d'Inès Sedan. Une animation originale, très imaginative et sans paroles. Une jeune femme vit avec un homme qui dort tout le temps, elle rencontre un forain et l'amour passe le relai. En fait, l'intérêt ne réside pas dans la profondeur du scénario mais dans la recherche d'une forme poussée d'animation. Les personnages sont trop inexpressifs, et ça passe assez mal dans un film sans paroles. J'ai mis cinq par politesse.

          "41" de Massimo Cappelli raconte une visite au musée d'un quinquagénaire un peu aigri dont la télécommande explicative raconte la vie des gens dont il entre le numéro comme s'il étaient des oeuvres d'art, le numéro se trouvant sur un sac, un vêtement, un tatouage, et sur l'étiquette de sa chemise, 41 bien sûr. Tout est raconté, notamment la date et les circonstances du décès. Il se prend au jeu malsain, et l'acteur est irréprochable. En plus de ce scénario très simple mais qui fonctionne, l'ensemble est ultra-théâtral, les scènes sont des tableaux tracés au millimètre et le texte est loin d'avoir été écrit par un manchot. J'ai adoré, un dix bien mérité.

          "La musique dans le sang" de Alexandru Mavrodineanu. Un gamin de onze ans qui poursuit son rêve de devenir chanteur, soutenu par son père, et dont on voit une journée. Un bonne tranche de vie tartinée d'amour sincère. C'est poétique et en aucun cas mièvre ou niais. Extrèmement crédibles, les personnages sont attachants et ils méritent leur petit happy-end. Neuf.

          "Garagouz" de Abdenour Zahzah est un court voyage en camionette. Dedans il y a Nabil, son père, et leurs marionettes, en route pour un spectacle dans une école maternelle. Le chemin est long et il vont successivement rencontrer des paysans généreux à qui ils laisseront une poupée, un militaire pourri jusqu'au scrotum qui leur en prendra une et quatre musulmans intégristes, malpolis et mesquins, qui leur détruiront le reste des bonshommes en chiffon. Le spectacle sera réussi, même s'il est fait avec les moyens du bord. D'une poésie à couper le souffle, trempée dans de la philosophie avec des personnages adorables. J'ai eu la larme à l'oeil à la fin, ce sera un dix.

          "Quand tu cours" de Mikel Rueda est un coup de batte de base-ball. En pleine tête. Tellement violent que la salle a hésité à applaudir en se disant "c'est fini ? vraiment ?". Un jeune maghrébin, sur les essieux d'un camion parce que c'est mieux l'Europe, il paraît. A voir parce que ça calme. Et sévèrement. Neuf pour le goût très amer que ça laisse dans la bouche.

         "Pour le meilleur..." de Coralie Baroux Peronne. Chacun ses goûts. La merde a le sien. Avant la projection, la réalisatrice, présente dans la salle, a tenu à faire un petit discours. La parisienne snobinarde dans toute sa splendeur. D'affreux genoux cagneux plantés dans des bottes aux talons qui claquent sur l'estrade, et au sommet de la robe taillée par un parkinsonien, des mèches blondes qui pendent au-dessus d'un oeil torve qui sent l'alcool. Cette poulette guindée commence par nous dire qu'elle n'est rien d'autre que la femme d'Olivier Baroux, l'acolyte de Kad Merad et que nous aurions du "tilter en le lisant sur le papier". La délicate continue en nous racontant son parcours "merveilleux et très intéressant", à peine crédible et sûrement plein de pipes sous des bureaux dans des quartiers huppés de la capitale. Elle a un débit de parole monstrueux, et les gens se mettent à discuter entre eux. "Quand est-ce qu'elle va fermer sa gueule?" disent presque simultanément ma mère, la voisine de derrière et l'étudiant à ma droite. Pas tout de suite, car elle entame le meilleur : "j'ai fait ce film, mon premier, avec très peu de moyens". Ah bon. Donc, avec très peu de moyens, vous pouvez louer une île à Marseille pour deux jours, faire descendre de Paris huit acteurs professionnels en leur payant l'hôtel, arranger des décors kitschissimes à en vomir comprenant des lits en lin blancs, des poufs en cuir, une table de restaurant quatre étoiles, des rideaux blancs et des guirlandes de lampes. Enchantée, je suis une énorme snob faul-cul et superficielle, admirez mon délire de princesse pourrie gâtée à l'ego gonflé par un cercle très privé d'amis influents. "Ce film, c'est moi". Et ben j'aurais aimé marquer mon zéro au fer rouge sur ton cul de prétentieuse qui se moque des provinciaux qui ne comprennent rien au vrai cinéma.

          "E-Pigs" de Petar Pasic. Un pur délire. Ce court-métrage réduit votre cerveau à néant. Pas un mot de tout le film, et c'est tout un univers complètement barré qui vous pète à la gueule. Un peu comme Delicatessen mais concentré. Les personnages sont hystériques, tarés, sales, pleins de tocs, débiles et adorables. C'est un rêve sur grand écran. Un dix pour la fin.

          Georges Frêche est mort cet après-midi. Ca n'a strictement rien à voir. Quoique...


Dimanche 24 octobre 2010 à 14:08

          Pour 5 euros chez emmaüs, vous aurez un pantalon de costume, une veste pas du tout assortie et des chaussures en cuir marron à la sauce don Corleone. Ca tombe très bien, parce qu'hier soir, la fanfare jouait pour une fête avec pour thème les tziganes.
          Rendez-vous chez le chef pour charger la batterie à 20h30. Comme d'habitude je discutais avec elle et forcément, je suis parti en retard. Beaux-arts, parc Ste Odile, Paul-va, Zoo, Agropolis, Montferrier, St Clément ; il fait nuit noire et le brouillard s'en mèle, y a des fantômes dans le fossé, des ombres derrière les arbres et fip à fond. Pas une voiture sur la route de St Mathieu, juste un camion à pizza sans personne dedans, sûrement parti pisser. Je passe la cinquième pour lire le message qu'elle a envoyé, "prudence sur la route !", d'accord, je lui réponds pas. Arrivé à 20h20.
          Je sonne, M. m'ouvre et plante direct le décor, "t'es le premier, Baker ! Tu veux un verre". Gravette de Corconne. C'est un rouge assez commun mais qui se laisse boire. Je reste seul dans le grand salon parce que M. est retournée s'occuper des jumeaux, et apparemment "c'est du traaavail, olalala...". La sonnette se met à hurler comme les petits pour annoncer les deux A.. Ca me fait drôle de faire la bise à des quadras que je ne connais que depuis une semaine. Je prends un troisième verre pour accompagner leurs premiers. Pour se déguiser en tzigane, A. avait pris un poncho parce qu'il n'avait rien d'autre, et A. une cravate et un chapeau. Minimum syndical. Des gens arrivent petit à petit, j'en connais la moitié et je donne mon verre à C. pour arrêter de faire saigner le cubi. Le boss se pointe en blouse et pyjama, on charge la batterie dans les voitures et c'est parti.
          La proprio du mas est jeune et laide, et ses haillons de gitanes ne la mettent pas en valeur. "Vous voulez boire un coup?". Les soixante personnes qui nous attendaient avaient fait un bièricide, et il ne restait que du rhum et des citrons. Bon. Très bon, même. "Deux ti punch et on démarre !" crie L.. Je ne connais pas les morceaux par coeur et il fait trop noir pour que j'arrive à lire les partitions. De toute façon, le public est encore plus soul. Après une heure et demie, "Dix minutes de pause bouffe !". On reprend après trois quarts d'heure de rhum-couscous, aucun rapport avec les tziganes. D'ailleurs, on est que dix à avoir fait l'effort du costume moche et chemise ouverte, pour les autres, c'est juste un chapeau. Nouveau tour de piste d'une heure, puis mon premier boeuf. Des bouteilles partout, ça ronfle dans les fossés et ça gerbe, il est temps de se rentrer. Au revoir tout le monde, je vole un chapeau à un barbu qui me tient la jambe "passque la muuusique, c'est gééééniââl" et qu'il le sait parce que "comme [moi], [il] fait de la trompette". Tiens, prend un coup de ma boîte de clarinette dans le cul, Ducon.
          Me revoilà sur la route, accompagné par le brouillard. St Mathieu, maison, au lit. C'était la fête chez les voisins, mais ils avaient pas de fanfare.
 

Samedi 23 octobre 2010 à 18:13

          Depuis des jours, Mark Zuckerberg prend très au sérieux le fait que je sois célibataire et s'investit à mort pour que ça change.
         
          Pour l'apéro, "Contact libre et garanti", une poulette avec un pull ras-le-scandale, des chaussettes roses jusqu'au genoux et en guise de présentoir : "sur Onedate pouvez-vous connaître facilement les plus belles filles de votre région. C'est libre et le contact et garanti". Mouais, et merci pour la syntaxe.
          En entrée, plus sobre, "envie de rencontres?", mais je peux pas dire oui ou non, et la fille blond mal-lavé avec des yeux de mouche à montures rouges est pas très avenante. Heureusement, on me rassure "découvrez vite WeKiss un nouveau site de rencontres pas comme les autres et faîtes vous des amies dans votre région", d'accord, c'est juste pour prendre un verre, pas pour niquer. Next.
          Le plat principal est plus épicé. "Le coup de Foudre?". Badaboum, il y a des majuscules. La même blonde, mais
décoiffée, avec d'autres lunettes, qui cette fois illustre "Avec EdenFlirt, dialoguez et rencontrez des femmes de votre région". C'est hyper clair, mais je crois pas au coup de foutre.
          Le meilleur pour la fin, un dessert explosif façon pièce montée farcie à  la pin-up. "Rencontres sexy edenflirt", les mêmes qu'au-dessus mais carrément ciblés sur le célibataire aux testicules pleines. Coup de théâtre, c'est une brune avec un sourire au white spirit qui me propose de "[rencontrer] les plus jolies célibataires de [ma] région, des femmes libérées pour des relations sans contrainte ! INSCRIPTION GRATUITE". Et ben, ils vendent pas de la merde ceux-là.

          Il en ressort qu'apparemment il y a des tonnes de belles filles dans la région puisqu'il faut quatre sites pour les stocker toutes. Et c'est tentant tout ça, mais bon j'ai pas de compte paypal.

Vendredi 22 octobre 2010 à 18:24

           Mal au bide, blanc comme un cul, et pourquoi pas la gerbe. C'est l'automne, les feuilles prennent la couleur de la diarrhée, l'air est glacé comme la céramique d'une cuvette de chiottes et le ciel est trouble comme une flaque de bile. Ce soir, je mange chez S., et ,qui sait, peut-être que j'apporterai une bonne grosse galette. G pour guimbarde, chez Pomme de reinette avec P. ; A comme dans salsa, 9.99€ le coffret de 4 cds à la Fnac ; S de sexe parce qu'on en a jamais assez ; T, la tomate farcie que je te ferai manger, C., sur le quai de la gare à 11h47 ; R roue du destin qui tourne à l'envers depuis des mois et O qui achève le mot Gastro. Bourreau, renvoi !

Mercredi 20 octobre 2010 à 16:44

          L'immeuble donne sur la cour d'une maison de retraite. Il y a une chambre avec la fenêtre toujours ouverte et dont l'occupant passe ses journées à pousser des cris effrayants. Comme si on lui arrachait les yeux avec ses propres pieds. Mais lui, c'est juste pour montrer qu'il est là, je crois. Et on commence à le savoir, qu'il y est.
          Alors ce soir je lui réponds et je gueule comme lui quand il crie. Sauf que le voisin d'à côté vient de m'engueuler. Y a pas de justice, et on autorise tout aux vieux fous.

Mardi 19 octobre 2010 à 22:46

J'en ai beaucoup parlé mais pas encore en vers,
De ce plaisir divin transformé en tissu,
Savamment découpé pour attirer la vue.
Un manteau délicat pour affronter l'Hiver.

Beige comme le sable que balaie la mer,
Deux rangées de boutons sages et ingénus,
Du cachet, comme une veste qui en a vu,
Et surtout, point d'honneur, ça n'était pas si cher.

Mardi 19 octobre 2010 à 20:37

          Pose tes affaires, dénoue ton écharpe, quitte ton manteau. Enlève tes chaussures, ainsi que tes chaussettes, puis ouvre ton gilet. Jette-le, avec ton t-shirt, descend ton jean. Défais tes bijoux, fais voler tes collants et éteins ta clope. Détache tes cheveux, libère tes seins et offre ton sexe à la lumière. Efface ton visage, débarrasse-toi de tes bras et ôte donc tes jambes. Balance ton coeur, vire ton buste et enfin, tes hanches.
          Tu vois, t'es rien. Ramasse tout et casse-toi.

Lundi 18 octobre 2010 à 15:39

          Non monsieur l'étudiant en master, non mademoiselle la doctorante, non reste du monde, femme au foyer n'est pas une activité professionnelle, donc pour vos mères, mettez "sans activité", ça arrive, c'est pas grave, vous serez pas jugés. Quand il est écris département/pays, il faut mettre un numéro comme suit : "0/3/4" pour l'Hérault, et non essayer de caser  "Fr/an/ce" ou "île/de/france", soyez logiques mes chéris. Enfin, cessez de marchander le paiement des 200€ de sécu avec moi, car je me fiche de savoir que vos parent sont chefs d'entreprise, médecins, ou disparus dans un accident de zoo, c'est le même tarif pour tout le monde. Merci.

Lundi 18 octobre 2010 à 10:28

Acte I
Scène 1
 
Baker, Dieu

La scène se passe dans mon bureau. Je tape à l'ordi des dossiers à inscrire donnés par ma supérieure. Entre Dieu, la chef des chefs du haut de la pyramide.

Dieu : Bonjour, Baker, ça va? Qu'est-ce que vous faîtes?

Baker : Je...

Dieu : Des e-learning ! formidables !

Baker : Oui, je...

Dieu : Vous en avez un paquet, dîtes-donc !

Baker : C'est que...

Dieu : C'est madame B. qui vous les a donnés?

Baker : Oui...

Dieu : Quoi ? Mais ce n'est pas à vous de les faire !

Baker : C'est-à-dire qu'elle ne sait pas se servir du logiciel et...

Dieu : Comment ?!? C'est la meilleure celle-là ! (elle sort, furieuse)


Scène 2
Baker, un étudiant, Dieu, Mme B.

Baker : Bonjour, c'est pour une inscription?

Etudiant : Oui, en docto...

Il se tait, interrompu par les cris de Dieu dans le couloir.

Dieu : (à mme B.) Vous lui refilez tout les dossiers, et vous vous tournez les pouces ! Ca ne va pas pouvoir continuer !

Mme B. : Mais c'est que je ne sais pas me servir du logi...

Dieu : Vous étiez là un mois avant Baker, et il a appris sur le tas ! Ca va aller trèèèèès loin madame B. !

Mme B. : (pleurnichant) Oui, pardon madame P.... Je m'excuse...

Dieu : (retournant dans mon bureau, à Baker) Et vous, arrêtez les dossiers, vous en avez assez fait.

On entend au loin renifler Mme B. qui va se faire virer.

Rideau



 

Dimanche 17 octobre 2010 à 20:27

           Pour rebondir, il faut un sol dégagé, sinon on peut repartir n'importe où. Tout jeter par les fenêtres, faute de t'aimer de tout mon être., je suis pas Rose. Faut faire des concessions, pour choisir des souvenirs, j'ai jeté 5 maquettes, plus un bout de carton ne traîne ici, adieu les pochettes, et le calendrier universitaire est remplacé par "Hugo Baker Wasseuh al ibn-Jafar" de Léonie Bouillon.

          Demain ce sera l'um1 pour la dernière fois, les étudiants seront tous inscrits. Moi non, à part à l'atelier théâtre et dans une formation pour le bafa. Je suis une mitraillette à cv. Pire que les pubs, je remplis les boîtes aux lettres et le travail sera là en décembre assurément. Achetez-moi, le nouveau Baker est de bonne qualité. C'est promis.

Dimanche 17 octobre 2010 à 16:13

Des ermites je tolère le choix, des parias je comprends la douleur.
Je hais la solitude et elle me le rend bien,
Jetant mes souvenirs pour quelques idées noires.
La politique de l'échec remonte sur le trône.

Incapacité à bouger, lion en cage ;
Juste un flux que je voudrais canaliser pour le jeter.
Dehors. Avec ses mauvais conseils. Ses sensations désagréables.

Les autres m'optimistent.

Je ne sais pas nager dans mon propre océan.
L'amitié est un échange ;
C'est faux c'est un besoin.
Besoin d'écrire comme d'autres
Fument.
Besoin d'aimer comme d'autres
Baisent.
C'est pulsionnel, pas sale.

C'est vrai comme pour chasser le faux ;
C'est faux comme pour masquer le vrai.

Je vous veux là tout le temps
Pour faire tourner la machine
Besoin d'un pilote.
Je suis un hétéromobile.

Dimanche 17 octobre 2010 à 1:12

           Ce soir, repas en famille. On va chercher mamie. L'idée de la soirée, c'est ça : un cousin a trente ans. Seules mom, Laure et Jackie savent que j'ai arrêté archi. "Boudi, tu vas te geler avec ton petit pull !". Puis la voiture démarre, direction Restinclières.
         
          Ding-dong, salut, ça va ; bref, du classique. Il y a soixante personnes, des copains et la famille, et l'aventure peut commencer. Romain, c'est un bon cousin, il s'appellera pastis et moi vodka, pour la partie boisson. Saumon, brandade, tomates cerises, roulés de jambon, taboulé, les filles ont bossé dur tout l'aprèm et c'est franchement pas mal. A 20h30 je suis soul et l'oncle commence, en beauté : "alors le futur architecte?". Ce soir je passe un master de mensonge. Et la vodka se remet à descendre sous l'oeil furieux de mamie. Ils parlent tous forts et je lui téléphone. Je raccroche pour le film, un montage des films et photos d'Olivier depuis sa naissances à ses trente ans. Dis, ça sera comme ça, mes trente ans? Et les tiens?
        
          Un quart d'heure de nostalgie et de dossiers plus tard j'ouvre le whisky, toujours avec Romain. J'ai fais une promesse et je l'ai tenue. A 22h30, je suis face aux chiottes et la vodka remonte. Mais personne ne le sait, j'ai honte, ça ne se fait pas. J'ai vomi à un repas de famille par égoïsme. Le gâteau est quand même vachement bon, les filles ont bossé très très dur. Donc tout ça c'est le mal, et c'est la dernière fois que je fais n'importe quoi. Maintenant, je fais tout à fond. Parce qu'en définitive, c'est ce que vous préférez.

          J'ai des acouphènes, une voix grave et douce qui dit "vingt-cinq octobre". Faut arrêter mon grand, tu vas attraper le mal.

Jeudi 14 octobre 2010 à 20:07

Chers père et mère ça va pas dans mon cerveau.
Mes yeux qui étaient bleus, sont devenus tout rouges.
Y a plus d'envies, de joie, je crois que rien ne bouge.
Toutes ces gérémiades. Regardez, j'ai bobo.

Tout seul au bord du Styx, je fais des ronds dans l'eau,
Je regarde passer les âmes de ces courges
Qui ont si bien vécu, réussi là ou je
Reste amorphe en buvant des litres de sirop.

C'est l'Hiver ! C'est l'Automne ! C'est comment le futur?
Au sommet de mon cou, ma Muse qui carbure
Me souffle ces vers-là, dignes de Marc Lévy.

Tous ces mots puent autant que des hydrocarbures
Mais allez donc crier "salaud ! à l'imposture !"
Je m'en fous de tout ça je suis déjà parti.

Mercredi 13 octobre 2010 à 13:35

L'ambition, c'est perdu.
Il n'y a pas d'aspirations. Je suis vide.


Mercredi 13 octobre 2010 à 10:34

          Dix heures et un petit quart passés, l'alarme incendie se met à hurler pour donner le départ de la course à la sortie. Etudiants et fonctionnaires disciplinés s'échangent des sourires, on rigole de l'exercice dans la fac. La seule fumée vient des clopes allumées en attendant sur le parvis, les éclats de voix sont des rires. "Faudrait qu'un jour on l'fasse en foutant des fumigènes et en f'sant v'nir les pompiers". Elle a pas tort Rebecca, parce qu'au fond, on a tous appris à ne pas y croire depuis le collège. Le soleil se cache ce matin, j'ai les larmes aux coins de mes yeux rouges et le nez qui coule.
          Je suis triste de froid.

Mercredi 13 octobre 2010 à 0:20

          "Léonce Petitcolin - marchand de blattes" disait ma carte. Les affaires marchaient fort, puisqu'une bonne maison doit avoir des cafards pour prouver qu'on a à manger. Puis pour montrer qu'on est assez riche pour les faire éliminer. Du lundi au dimanche, dans les rues, porte après porte, je vante la vigueur et la fécondité de mes insectes en bocaux. J'en ai même des colorés pour amuser les enfants, des gros pour les myopes et des musicaux pour des fêtes réussies.
         

          Ce soir-là j'avais beaucoup vendu, et il fallait que je rentre chez moi me réapprovisionner pour un marché de nuit, occasion en or pour tous les commerçants en nuisibles, que ce soit mes blattes ou des bibelots artisanaux. Mais devant la porte de l'immeuble, il y avait une joli plaque argentée qui disait "L'accès à l'immeuble est strictement interdit à tous colporteur, démarcheur,...". Je ne pouvais plus rentrer chez moi.

         La gardienne ne voulut rien savoir ! Alors que je lui avais vendu mes plus beaux insectes à un prix dérisoire, et qu'elle jouissait d'en trouver un tantôt dans un paquet de farine, tantôt sur son lit pendant l'amour ! Qui allait s'occuper de mes bébés dans leurs bocaux? Personne à présent. J'ai pu acheter quelques bouteilles avec l'argent du jour. J'ai tout bu, jour après jour, sur les poubelles de l'immeuble, en regardant courir des cafards de goutière, sans pedigree, l'antenne triste et les pattes tordues. Ma barbe a poussé, et j'ai dû manger mes vêtements pour survivre.
         
          Une nuit que j'allais engloutir mon cache-pudeur, une main me tendit une petite carte qui disait "Popol Bouchinet - marchand de miséreux". "C'est un marché en pleine expansion ! Quel quartier aujourd'hui n'a pas son mendiant? Je vous le demande ! Vous êtes en excellent état, vraie barbe, des ongles bien noirs, et pouah ! vous sentez déjà la vinasse ! Monsieur, au travail !". Et il me mit dans sa valise.

Mardi 12 octobre 2010 à 10:31

          Dans quelques mois ça ne parlera plus de moi. Juste quelques semaines avant que ça ne te concerne plus. Plus que quelques jours avant que ça n'évoque plus la vie courante. Attendre quelques heures pour qu'il n'y ait rien à dire. Les quelques dernières minutes seront muettes. Et dans quelques secondes ça

Lundi 11 octobre 2010 à 15:58

          Elle s'appelle Laury, et elle vient de Madagascar pour faire ses études en France, tout juste après son bac. Ses dix-huit ans et son petit mètre cinquante étaient accompagnés des cinquantes ans et des cent-dix kilos de Jacques.
         
          Jacques est poli. C'est une qualité rare aujourd'hui. Jacques est aussi énorme, il porte fièrement un groin qui coule de son front gras, il laisse s'accumuler en perles les gouttes de sueur dégoulinant de ses lambeaux de chevelure huileuse et en paquet ,et surtout, Jacques a des odeurs. Celle de la transpiration, la faute aux quatre étages. Celle de la crasse, qui rappelle un peu l'urine. Celle du tabac froid. Et celle du sexe, quand il pose sa main d'ours pelé aux ongles jaunis par l'amour des gitanes sans filtres sur la nuque lisse et mate de la malgache, dans ce couloir de l'université.
         
          C'est leur tour, ils entrent dans mon bureau. Bonjour, je viens l'inscrire,..., malgache,..., avion,..., études en France,... Jacques est en verve. Moi en apnée. Même les papiers d'inscriptions puaient cet homme. Mes mains courent sur mon clavier, les siennes sur les cuisses de Laury. La crasse s'accroche aux murs qui se couvrent de vomissures noires, et il n'y a que nous trois dans ces dix mètres carrés. Triste triangle amoureux. Jacques transpire, Laury sourit, et j'ai mal pour elle. Mal quand il m'explique qu'elle a laissé sa famille là-bas pour venir en France, mal quand j'apprends qu'elle n'a personne d'autre que Jacques, mal quand je comprends que son statut étudiant ne servira qu'à avoir un visa pour que ces vieilles couilles, pleines de frustration, de dégoût et de nature humaine, se vident dans un corps de dix-huit ans en toute légalité, et mal quand je l'imagine sur elle, lui offrant les perles de sueur qu'il sait si bien porter.
         
          J'annonce les frais d'inscriptions quand il finit de l'embrasser, obligé de lui sourire parce qu'il me fait peur. Il trouve que trois cent soixante-dix-huit euros, c'est quand mêm' cher. Une gamine bien foutue, c'est trois cent balles. Moi je ne vaux rien. Je suis complice de prostitution détournée, et l'odeur terrible de ce démon flotte encore entre les quatre murs pour me le rappeler.

<< Morgue | 1 | 2 | Hosto >>

Créer un podcast